[ création ]

lampedusa beach

Lina Prosa
traduction Jean-Paul Manganaro
mise en scène Irina Brook

avec Romane Bohringer production Théâtre National de Nice - CDN Nice Côte d’Azur texte édité aux Solitaires Intempestifs
rencontre avec Lina Prosa samedi 6 février 2016 à 15h en salle Michel Simon.

Une charrette de la mer pleine de réfugiés coule dans le détroit en face de Lampedusa. Les réfugiés dans l’obscurité de la nuit se débattent dans l’eau. La plupart d’entre eux se noient, meurent, on le comprend en raison du silence qui descend graduellement sur l’endroit du désastre. Une jeune femme réussit à s’accrocher à ses lunettes de soleil tombées dans l’eau. Pendant quelques instants, Shauba parvient à rester à la surface comme si ses lunettes étaient une bouée de sauvetage. Puis, comme une bouée de sauvetage percée, elles la font aller lentement vers le bas, toujours, plus bas, lentement, si lentement...
Lina Prosa, Lampedusa Beach, extrait.

L’odyssée d’une jeune migrante qui se livre dans un monologue poignant et poétique avant de sombrer.

L’auteure italienne Lina Prosa a reçu le Prix national Annalisa Scafi pour le théâtre engagé [Rome, 2005] et le Prix national Anima pour le théâtre [Rome, 2007].

entretien avec Irina Brook

Propos recueillis par Caroline Audibert

“J’ai vu Lampedusa. Je l’ai vue avec tes lunettes. Avant de me noyer je veux te dire comment elle est. Lampedusa est claire. Elle a un petit point bleuté sur sa plus haute côte. Et un halo jaune à sa droite, je ne sais pas si c’est du sable de mer ou un lambeau du désert qui arrive à la mer comme chez nous.” Lina Prosa, Lampedusa Beach, extrait


Pourquoi avoir choisi ce texte précisément de Lina Prosa ?

C’est un texte que j’ai gardé dans mon coeur depuis que je l’ai vu à Paris. Ce monologue a été un énorme choc, autant par sa puissance que par sa poésie. Ce qui est vraiment intéressant dans cette écriture, c’est qu’elle traite un sujet très actuel avec une poésie à la fois contemporaine et épique. Car Lina Prosa s’appuie beaucoup sur les mythes de la tragédie grecque et les ancre avec force dans la Méditerranée d’aujourd’hui. Depuis longtemps, je pense à ce texte. Il y a quelques mois, j’ai trouvé sur mon bureau une collection des pièces de Lina Prosa envoyée par l’auteure, avec un petit mot. Ça a été le déclic.

L’ importance de la tragédie grecque dans ce texte, est-ce aussi pour vous une manière de revenir aux sources du théâtre ?

Ce texte d’une actualité insupportable prend une dimension universelle grâce à sa transposition poétique. Par ce biais théâtral, nous pouvons sensibiliser le public d’une manière nouvelle. Nous devenons tous Shauba, l’héroïne de ce drame. Elle nous sort de notre individualisme pour nous toucher dans notre humanité la plus profonde, bien plus que le flux d’informations que nous recevons du matin au soir et auquel nous devenons insensibles. On va droit au coeur et à l’essentiel.

Romane Bohringer s’est-elle immédiatement imposée pour interpréter ce monologue ?

Romane est une magnifique actrice avec laquelle j’ai vécu deux grandes aventures théâtrales : La Bonne Âme du Se-Tchouan et La Ménagerie de verre. Cela faisait très longtemps que nous rêvions de nous retrouver. Nous avons profité de son passage au Théâtre National de Nice [J’avais un beau ballon rouge], pour faire un premier travail sur Lampedusa Beach. Sur le plateau, nous avons immédiatement retrouvé un langage théâtral et humain que nous partageons. À travers une première lecture, j’ai vu à quel point le texte pouvait réunir et toucher un public. Par son contenu et son intensité émotionnelle, la pièce a ce pouvoir de rassembler les gens dans une profonde empathie qu’ils n’auraient peut-être pas à la lecture d’un article de presse. Pour moi, c’est une évidence, aujourd’hui, il faut jouer ce texte.

Cette évidence tient à la thématique de l’émigration ?

Les histoires de passeurs et de clandestins m’ont toujours bouleversée. Je n’ai jamais compris que des priorités économiques prennent le dessus sur l’hospitalité humaine. Comment pouvons-nous refuser de tendre la main à ceux qui risquent tout pour venir dans nos pays ? Comment l’homme réussit-il à ne pas se reconnaître dans l’autre ?
J’ai été marquée par l’histoire extraordinaire de ce village déserté du Sud de l’Italie qui a repris vie en ouvrant ses portes aux migrants. En 1998, le maire de Riace a commencé à accueillir les réfugiés sans papier et réinventer l’avenir de son village qui ne comptait plus qu’une centaine d’habitants. Tout a repris vie petit à petit. En redémarrant l’artisanat local et en l’enrichissant par leurs propres traditions, les étrangers sont devenus les acteurs de cette utopie contemporaine.
Aujourd’hui, l’émigration est un sujet brûlant. On ne peut plus se taire. Tant qu’on juge qu’une vie a plus de valeur qu’une autre, on est loin d’une solution. Comme le dit si justement l’auteure sénégalaise Fatou Diome : “On sera riche ensemble ou on se noiera tous ensemble”...
saison 2015-16
Lampedusa Beach
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