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théâtre national de nice

Saison 2018-19

théâtre national de nice

[ Création | Coproduction ]

frontières

MISE EN SCÈNE JORIS FRIGERIO

avec Guillaume Geoffroy, Lucie Lastella, Matthieu Renevret, Paulo Perelsztein, Rémy Ingrassia, Joris Frigerio conseil artistique & direction d’acteurs Jean Jacques Minazio composition musicale Samuel Sérandour lumière Samuèle Dumas, Léo Wassmer, Tom Couillerot costumes Elisa Octo scénographie Tom Couillerot, Léo Wassmer, Joris Frigerio construction Jean-Philippe Caillard aide à l’écriture Caroline Audibert stagiaire Kevin Gallet production Cie Les Hommes de Mains coproduction Théâtre National de Nice - CDN Nice Côte d’Azur, Pôle Arts de la Scène - Friche la Belle de Mai - Marseille, Archaos - Pôle National Cirque Méditerranée

Dans un immeuble au cœur d’une dévoreuse mégapole, cinq habitants, chacun dans son appartement, poursuivent un quotidien que l’amour a déserté. Tous se rejoignent dans leur impuissance à trouver leur place dans ce monde. Un ange sans ambition s’invite dans leur vie, chargé d’une délicate mission : les sauver d’eux-mêmes. Y parviendra-t-il ?
Bienvenue dans la réalité fantasmée du circassien et metteur en scène niçois Joris Frigerio qui fait parler les anges. Sa partition élégante et originale dévoile les jardins secrets de l’âme humaine, ses splendeurs et ses noirceurs. En homme-orchestre, il compose cette fresque contemporaine avec ses acrobates extravagants, parfois jongleurs parfois contorsionnistes, et un comédien qui donne le tempo de la pièce. Cette compagnie aux multiples talents nous fait rêver par le biais d’un jeu visuel, inventif et émouvant. Une performance de théâtre acrobatique qui illumine un échantillon d’humanité.

Un spectacle onirique, chaplinien et cinématographique qui n’hésite pas à traverser les abysses pour trouver le rire et la lumière.

RENCONTRE EN BORD DE SCÈNE LE VENDREDI 1ER MARS.

Interview Joris Frigiero

Propos recueillis par Caroline Audibert

Dans City, vous aviez métissé la vidéo et le cirque. Aujourd’hui, quelle est votre approche du cirque ?

Mon premier spectacle, City, était un mélange entre le cirque et le documentaire. Dans Frontières, je voulais mêler le cirque au théâtre que je côtoie depuis l’enfance, au point qu’il n’y ait plus de frontières entre les univers. Sur scène, les circassiens jouent muet, de manière chaplinienne, et un comédien prend en charge le jeu théâtral. Le comédien incarne les mots de l’intérieur et génère des émotions qui traversent les spectateurs. Je veux transformer les circassiens en acteurs et je me sers d’un acteur pour le faire. Nous autres circassiens, nous maîtrisons davantage le corps que la voix. J’embarque donc les circassiens dans un travail poussé sur la gestuelle, le mime, l’expression muette qui fait miroir à l’expression du comédien. Et j’engage le comédien dans un rapport au corps et au mouvement. Une performance ! Ce qui oriente ce travail, c’est la recherche de cette forme d’émotion pure, vraie, sans filtre. Je souhaite que ça frappe le cœur des pensées, que ça sonne juste, que ça émeuve. J’ai envie que ce soit chaplinien, que l’on puisse le regarder n’importe quand, que ce soit une pièce plus universelle que reliée à l’actualité.

L’histoire se passe dans une mégapole, les personnages sont dans un immeuble, on les surprend dans leur vie qui est loin d’être rose…

C’est une pièce à la fois tragique et drôle. Il y a une avocate ambitieuse en quête de l’amour, un trader obnubilé par sa réussite, un concierge dépressif et profondément altruiste, et deux colocataires fauchés effarouchés par l’avenir. Et puis il y a un ange, le comédien, qui s’invite dans leur vie. En vérité, il s’agit d’un ange de l’administration qui descend sur terre à contre cœur. On lui confie une mission, celle de faire en sorte que dans cet immeuble où rien ne va, cela tourne rond.

Par le corps, le jeu muet, les outils du cirque, les personnages arrivent donc à faire bouger les lignes de leur existence, les frontières de leur moi trop étroit ?

Les personnages sont tous à leur manière en proie à la solitude, l’enfermement, prisonniers de leurs propres frontières mentales… Le défi que l’ange doit relever, c’est d’apaiser les névroses et de rétablir une communication entre eux. Réussira-t-il sa mission ? Sera-t-il condamné à rester sur terre ? Les hommes peuvent-ils changer ? Comme dans La vie est belle de Franck Capra, l’ange doit leur montrer que la vie, ce n’est pas si mal que ça ! C’est le seul qui a une voix mais personne ne l’entend, ne le voit, il se décourage, essaie d’appeler le standard du bureau des anges, mais personne ne répond. C’est kafkaïen. Et puis le changement a lieu au moment où on s’y attend le moins. En somme, Frontières, c’est un conte humaniste drôle et noir.

Quel processus d’écriture suivez-vous au plateau pour bâtir ce spectacle ?

Beau, loufoque, émotionnel, noir, élégant, drôle, courageux… Ces mots-là me guident dans mon travail. C’est une création totale, de la musique à la gestuelle en passant par l’histoire. Nous travaillons en résidence au Théâtre de Nice sur des temps de création très intenses. Je propose à mon équipe d’improviser sur les scènes que j’ai écrites dans un premier temps, pour qu’ils s’approprient l’histoire et ensemble nous façonnons les scènes. Ce sont des rôles de composition, ne serait-ce que parce que j’ai écrit pour chacun des acteurs en fonction de leur personnalité. Je suis parti d’eux et je me suis demandé ce qu’ils pourraient être en poussant tous les curseurs, en les caricaturant dans le bon comme dans le mauvais. Je me suis moi-même imaginé en trader fou, comme dans American Psycho. Mathieu joue un concierge altruiste malmené par les autres, généreux mais en prise avec un découragement profond. C’est difficile parce que l’on va vers des choses qu’on n'a jamais faites.

La part acrobatique est au service du jeu et non l’inverse ?

Oui, c’est le pari de cette création. L’acrobatie est la cerise sur le gâteau. J’essaie de m’écarter de la technique tout en la maîtrisant. Je la convoque pour pouvoir tenter des choses, aller plus loin, mais elle reste au service de la dramaturgie.
Tous ces personnages sont interprétés par des circassiens dont je fais partie. Trois d’entre eux ont été formés au Centre national des arts du cirque. Lucie maîtrise la roue Cyr, cette roue dans laquelle elle tourne tout entière, elle est aussi contorsionniste, équilibriste et douée pour le jeu muet. On retrouve le couple d’acrobates que nous formons avec Mathieu, porteur virtuose que j’amène à se dépasser dans l’expression. Parmi les colocataires, l’un est jongleur, l’autre acrobate.

Votre pièce réunit un échantillon d’humanité. En quoi réside la force de vos personnages ?

Chaque personnage est pris dans une tension psychologique très angoissante qui finit par se libérer. Ces personnages sont importants parce qu’ils sont proches de nous. Leur force réside dans leur capacité à s’émouvoir tout à coup, à s’ouvrir à l’autre. Le concierge que Mathieu interprète, par exemple, est particulièrement attachant car il fait le lien entre tous, il est sali par les autres, dépressif, alcoolique, il est tombé bas… Mais à un moment, il se relève et il devient beau. L’ange, lui, est patient, foncièrement bon et surtout, il n’a pas peur, même s’il a aussi ses faiblesses, ses découragements. On l’excuse avec toutes les pensées qu’il entend et qu’il doit combattre avec ses moyens !

Votre inspiration est aussi cinématographique ?

Oui, dans l’idéal, j’aimerais que ce spectacle se déroule comme un film de cinéma. Je me suis inspiré du conte humaniste de La vie est belle de Franck Capra, dont j’admire le scenario, magistral ! Evidemment, j’ai beaucoup regardé Les ailes du désir de Wim Wenders pour imaginer le rôle de cet ange discret qui vient en aide aux humains, les écoute et entre en empathie avec eux. Il y a dans les personnages un peu de cette tension dramatique qui font la force du film de Jeunet, Delicatessen, et la folie de Brazil ou American Psycho.
Mais qu’on le veuille ou non, on ne peut pas faire un montage cinématographique avec un décor de théâtre. Pour ce spectacle, j’ai choisi d’utiliser la vidéo dans l’introduction, pour donner à l’arrivée de l’ange toute sa dimension onirique.

Les personnages sont dans un immeuble, chez eux, c’est une forme de huis clos que vous explorez ? L’enfer, est-ce donc les autres ?

Oui, un huis clos où l’on entre dans l’intimité de cinq personnages. On les découvre seuls chez eux, dans leur appartement où ils se permettent des choses qu’ils ne se permettraient jamais en présence des autres. Je souhaitais dévoiler l’intimité, la folie, les rêves, tout ce qu’on a de plus beau et de plus noir en nous. Sans filtre. Pour que ça sonne vrai. L’enfer, ce serait plutôt la solitude, l’impossibilité d’être avec les autres.

« Courageux », ce mot vous guide dans cette création. Est-ce parce qu’elle affronte certaines vérités, le côté sombre de notre humanité, de notre époque ? Ou qu’elle trouve des manières de le transformer ?

Parce que c’est utopique. J’utilise le courage comme méthode de travail, dans la mise en scène, dans le cirque, c’est une manière de ne pas aller dans le facile mais d’aller au bout de ce que je souhaite vraiment faire ressortir. Affronter certaines vérités, oui, je ne souhaite pas fuir ce constat mais je n’ai pas envie d’alourdir les gens qui viennent au théâtre ! Je souhaite leur offrir un moment où ils peuvent se sentir compris, où ils puissent rire et rêver, ressentir de l’émotion, du bien-être, de la joie, que leur soirée, leur semaine soit illuminée même s’il a fallu au passage traverser une part de noirceur. Partir sombre, ça m’intéresse pour mieux faire jaillir la lumière !

Dans cette création, vous êtes un peu homme-orchestre, à la fois sur scène et dans l’ombre ?

Je gère l’équipe, j’écris les textes, je joue, c’est beaucoup ! Heureusement que je suis épaulé par Jean-Jacques Minazio qui me conseille à la mise en scène. Moi, je m’attaque à la mise en scène avec beaucoup d’énergie, je dégage les grandes lignes, et puis lui, avec son calme habituel, il donne son avis, sculpte, travaille le détail. Nous sommes complémentaires.

Quelles sont vos sources d’inspiration dans le cirque ?

J’ai découvert l’univers de James Thierrée quand j’avais 17 ans, avec La symphonie du hanneton. Il m’a donné l’élan de départ, l’envie d’ouvrir le cirque à d’autres univers, d’explorer cette porosité entre les esthétiques, les langages. Ensuite j’ai découvert le travail unidisciplinaire des artistes issus du Centre national des arts du cirque. Des gens que j’admire. Travailler une seule discipline, ils ont contribué à bouleverser les codes classiques du cirque et je m’inscris dans cette génération-là de circassiens. Je m’inspire évidemment de Chaplin, Buster Keaton, Mr Bean, de tous ces grands artistes muets que j’admire. En plus des portés acrobatiques, discipline très exigeante que je pratique depuis quinze ans, je veux introduire cette dimension du mime, du rire, du travail avec les objets.

toujours en mouvement
Grande Salle durée estimée 1h15 à partir de 10 ans
  • février
  • jeu 28 20h
  • mars
  • ven 1 20h
  • sam 2 20h
  • mar 5 20h
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