Abonnez-vous en ligne / Téléchargez le bulletin d'abonnement Réservez en ligne Achetez une carte impro’
théâtre national de nice

Saison 2018-19

théâtre national de nice

[ Création | Production ]

roméo et juliette

WILLIAM SHAKESPEARE | ADAPTATION & MISE EN SCÈNE IRINA BROOK | TRADUCTION MARIE-PAULE RAMO

avec Les Éclaireurs [Kevin Ferdjani, Marjory Gesbert, Issam Kadichi, Irène Reva], Samuel Charrieras, Quentin Richard, Aliénor De Georges, Maïa Jemmett, Jérémy Komboh Alié, Haykel Mashate, Laurent Grappe, Cyrille de Gonzalgue lumière Alexandre Toscani son Guillaume Pomares costumes Aurore Lane assistante à la mise en scène Tess Tracy production Théâtre National de Nice - CDN Nice Côte d’Azur

Quelle vérité plus intemporelle et plus tragique que celle de l’éternel conflit entre voisins, clans, peuples ou nations ? Dans un monde où le vivre-ensemble est une préoccupation quotidienne, comment réaffirmer la puissance de l’amour au-delà des incompréhensions et des différences ?
Dans une relecture moderne et populaire, Irina Brook transmet avec sa fougue habituelle un Roméo et Juliette qui nous touche droit au coeur. Comme au temps de Shakespeare, place avant tout au jeu d’acteurs et à la puissance du texte ! Ce projet, au départ pédagogique, est porté par une compagnie rassemblée pour l’occasion : une fusion explosive entre les comédiens niçois et les Éclaireurs du tnn. La passion est au rendez-vous !

La tragédie incontournable de Shakespeare dans une version jeune, intime et résolument contemporaine. La puissance du texte apparaît plus limpide que jamais dans cette adaptation épurée et décapante signée Irina Brook.

RENCONTRE EN BORD DE SCÈNE LES 3, 6, 9 ET 10 AVRIL.

Entretien avec Irina Brook

Propos recueillis par Caroline Audibert

Vous avez monté cette pièce il y a dix-sept ans, vous décidez de la remonter aujourd’hui. Comment envisagez-vous cette nouvelle création ?

Je l’ai effectivement monté il y a dix-sept ans. C’est une pièce dont je ne me lasse jamais en tant que metteure en scène. Il y a tellement de façon de la monter, on ne peut jamais être satisfait ! La première fois que je l’ai créée, j’avais envie de la remonter encore, d’aller plus loin, de retravailler des choses. Je l’ai mise en scène l’an dernier dans l’opéra de Gounot à Nice. C’est une pièce que l’on ne quitte jamais ! Depuis trois ans, le TNN reçoit les créations des scolaires qui présentent leur version de Roméo et Juliette. Même à travers leurs courts spectacles, on se rend compte qu’il y a quelque chose de fort et de puissant qui montre combien les archétypes de cette œuvre sont vivants.
Pour cette nouvelle création, il s’agit moins un spectacle classique que d’une représentation pédagogique. Ce n’est pas le même processus qu’une création de tournée qui exige au moins huit semaines de répétition. Nous proposons une pièce légère, montée avec des compagnies locales dans le cadre du festival Shake Nice, et encore plus spécifiquement pour les jeunes qui vont découvrir Roméo et Juliette. Je souhaite en effet que tous les jeunes azuréens puissent voir cette pièce mythique. Dans leur parcours scolaire, et même parmi ceux qui montent la pièce au sein de leur établissement en partenariat avec le TNN, peu liront la pièce dans son intégralité, ils auront très peu d’occasion de la voir au théâtre. La seule façon qu’ils ont de se l’approprier, c’est par le cinéma. Or cela me semblait très important qu’ils puissent aussi la voir la vraie pièce au théâtre.

Quel est votre parti-pris de mise en scène pour cette création ?

Nous allons jouer la pièce sur le grand plateau. Le public sera assis autour des acteurs, dans une grande proximité avec eux. La scénographie est réduite à quelques minces détails. Tout le principe de la mise en scène repose sur l’imagination des spectateurs. Comme au théâtre du Globe, j’utilise le moins d’effets possibles. Je me concentre sur l’histoire, le jeu, il y a quelques accessoires, quelques bouts de costumes, aucun décor.

Quels sont les principaux pièges de la pièce pour un metteur en scène ?

La grande difficulté de Roméo et Juliette, c’est qu’on rit beaucoup pendant la première moitié de la pièce. Tout est très enlevé, drôle, on se trouve embarqué dans une succession de bagarres et de danses. Et puis il y a un moment très précis où tout bascule dans la tragédie, jusqu’à la fin. La première partie nous plonge dans une humeur légère, à la West side story, et tout à coup, on est dans Médée ! L’intensité dramatique égale alors celle des tragédies grecques. Pour arriver à négocier ce tournant tragique au cœur même de la comédie, il faut réussir à convoquer des émotions très puissantes sur le plateau, ce qui n’est pas facile pour de jeunes acteurs, comme l’exige l’histoire.

La troupe du TNN Les Eclaireurs ainsi que d’autres jeunes comédiens relèvent donc ce défi ?

Absolument. L’héroïne est interprétée par la jeune comédienne Maïa Jemmett, ma fille, qui a l’âge même de Juliette. Les Eclaireurs sont entraînés dans des rôles différents de ceux qu’ils ont l’habitude de jouer : Kévin Ferdjani interprète Roméo, Issam Kadichi, Malvolio, Irène Reva joue la nourrice, Marjorie Gesbert, le fougueux Tybalt. Les autres acteurs sont issus de compagnies locales. Ce projet s’inscrit bel et bien dans la continuité du travail que nous avons mené chaque année avec les compagnies niçoises et azuréennes, qui fait partie de notre mission de Centre national des arts dramatiques.
J’appréhendais de rencontrer les mêmes difficultés au sujet de la puissance émotionnelle que lorsque j’ai monté la pièce la première fois. Mais dès le premier jour de travail, j’ai été soufflée. Ces jeunes acteurs ont tous une facilité à entrer dans l’intensité requise. Je sens qu’ils ont déjà en eux cette maturité et cela m’aide beaucoup.
Ce qui m’importe plus que tout, c’est de faire apparaître le véritable sens de la pièce. C’est un drame à la portée universelle trop souvent réduit à sa dimension romantique. En filigrane, les grands enjeux qui travaillent notre époque apparaissent. Comment reconstruire une société fondée sur la haine et la violence ? Quel avenir envisager pour notre jeunesse ? Ces questions que pose Shakespeare sont au cœur de mes préoccupations.

Dans l’imaginaire français, Roméo et Juliette est avant tout une histoire d’amour, un amour d’adolescents, tragique, un amour fou…

Malheureusement, au-delà de l’intrigue amoureuse, la pièce met à jour d’autres forces qui régissent et détruisent le monde : la stupidité et la haine. On ne sait même plus pour quelles raisons les deux familles sont rivales. Ce grand classique parle de l’éternel conflit qui oppose un frère à son propre frère, les voisins, les religions entre elles. A travers cette histoire singulière, il donne à voir les mécanismes absurdes de la guerre tout en affirmant la valeur de l’amour. C’est au fond une pièce pacifiste plus actuelle que jamais, une bataille de la paix et de l’amour contre le conflit et la haine. Et les jeunes amoureux apparaissent comme des martyrs à la cause. On est dans une histoire singulière, et non dans un problème abstrait qui nous rend insensibles. C’est la raison pour laquelle nous sommes toujours tellement touchés par Roméo et Juliette. Si Shakespeare y affirme une foi en l’amour, c’est au sens où celui-ci devrait transcender les conflits, planer au-dessus des discordes, des divergences de valeurs, et réunir les hommes.

Cette pièce est-elle la meilleure clé pour entrer dans l’œuvre de Shakespeare, et dans le théâtre, notamment pour les adolescents ?

Il y a deux clés pour entrer dans l’œuvre de Shakespeare : le Songe d’une nuit d’été et Roméo et Juliette. L’une est très légère et ludique, l’autre très profonde et puissante.

Votre adaptation repose-t-elle sur un travail important de traduction, puisque vous présentez la pièce en français ?

Si Shakespeare reste intemporel, les traductions vieillissent très vite, il faut les rafraîchir si on veut rendre le génie de l’auteur dans notre modernité. Les insultes des jeunes Capulet et Montaigu doivent trouver leur équivalent contemporain, et la poésie doit être pleinement exprimée dans les scènes romantiques. La brillante traduction revue de Marie-Paule Rameau réussit ce challenge. C’est d’autant plus difficile que la pièce regorge de doubles sens ! Le public français est parfois surpris car il a une vision très romantique, prude, victorienne de la pièce, avec les longues chemises de nuit blanche et Roméo au balcon. Mais la pièce condense un nombre incroyable de plaisanteries grivoises qui ressortent rarement dans les traductions. Il y en a plus que dans n’importe quelle autre œuvre de Shakespeare ! Les garçons des clans, et même la nourrice, enchaînent les blagues. On oscille perpétuellement entre le sublime et la rue avec des doubles sens à n’en plus finir.

C’est donc un théâtre pour tous !

Cette traduction originale restitue ainsi l’esprit du théâtre du Globe, celui d’un théâtre pour tous. Shakespeare écrivait aussi bien pour les lords et les dames des loges que pour les travailleurs se tenant debout autour de la scène. C’est pourquoi son texte ne reste jamais sur une seule note, mais s’aventure sans cesse dans les différents registres.
Je vais alléger la version du texte car c’est une pièce que l’on doit à mon sens jouer d’une traite et sans entracte. Or elle est très longue. L’alléger permettra de mieux l’entendre.

La troupe de jeunes acteurs du TNN est rebaptisée par vos soins. Ils seront désormais les « Eclaireurs Shakespeare ». Sont-ils désormais les ambassadeurs du dramaturge ?

Les Eclaireurs se spécialisent de plus en plus dans l’univers shakespearien, ils sont allés s’imprégner de l’atmosphère du théâtre du Globe à Londres, du Royal Shakespeare Theatre à Stratford-upon-Avon… Leur expertise commence à devenir conséquente. Après avoir monté Tempête l’an dernier, ils auront une nouvelle corde à leur arc avec Roméo et Juliette, et leur prochaine création qui sera La nuit des rois. Leur répertoire shakespearien s’agrandit ! En tant qu’ambassadrice de Shakespeare en France, je pense qu’il faut que nous allions plus loin dans l’exploration de l’œuvre du maître.
inspiration classique
festival Shake Nice !
Grande Salle jauge limitée à partir de 13 ans
  • avril
  • mer 3 20h
  • sam 6 20h
  • mar 9 20h
  • mer 10 20h
réservez en ligne Abonnez-vous en ligne
roméo et juliette
© 2018 Centre Dramatique National Nice Côte d'Azur · Direction Irina Brook · Promenade des arts 06300 Nice Tél 04 93 13 19 00 · Fax 04 93 13 79 60 · contact@theatredenice.org · Mentions Légales